Objet : Participation aux enquêtes publiques relatives aux concessions des plages de l’Almanarre, du Ceinturon, des Salins-Gare, de l’Ayguade, de la Badine/la Capte, des Salins-Village, de Bona/les Pesquiers et de la Marquise

Monsieur le Commissaire Enquêteur,

Dans le cadre des enquêtes publiques citées en objet, nous vous adressons ces remarques générales qui concernent les concessions de plages de notre commune.

Si nous sommes tout à fait favorables aux concessions concernant les sports nautiques, les accès à l’eau pour les véhicules nautiques non motorisés, qui participent aux activités sportives et touristiques de notre commune, et si nous nous félicitons des concessions pour l’accès à la plage des PMR, nous avons toutefois quelques réserves à émettre sur les lots de restauration et de matelas/parasols mais aussi sur le lot n°5 « chalet d’accueil et buvette/ sport de plage et jeux » à l’Ayguade.

D’abord sur la privatisation de l’espace public :

Comme il est joliment dit dans les documents de concession : « L’usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des plages », formule issue de l’article 30 de la loi littoral, codifié dans les articles L.321-9 du code de l’environnement et L.2124-4 du CGPPP. C’est un principe auquel nous tenons et qui a été plutôt bien appliqué jusqu’à présent sur notre littoral hyérois qui a su garder son authenticité sans être complètement marchandisé.

Cependant il existe effectivement une demande des usagers de bénéficier d’un plus grand confort moyennant finances, et surtout une demande des acteurs économiques de développer des activités lucratives.
Parce que ces acteurs utilisent le domaine public pour des rentes privées, parce qu’il est soustrait au domaine public des espaces de façon discriminatoire (seul l’usager qui en a les moyens pourra jouir des dispositifs), nous estimons primordial de limiter ces activités de façon à ce qu’elles n’entravent pas l’accès au rivage et la jouissance des plages au plus grand nombre.

Ensuite sur l’aspect environnemental :

Si la loi littoral a fait du démontage des installations une obligation, ce qui limite les nuisances visuelles et permet aux plages de retrouver leur aspect naturel hors saison, si poser quelques matelas/parasols sur le sable pendant 6 mois ne semble pas à priori causer de nuisances environnementales, à y regarder de plus près on comprend que ces activités ont cependant des incidences fortes qui peuvent nuire aux équilibres écologiques.

Car pour que les activités économiques soient stables il faut que les plages le soient aussi et c’est là que le bât blesse : l’érosion des plages est une réalité que chacun peu hélas constater après chaque épisode climatique pluvieux un peu fort, et même plus généralement au fil du temps, au grès de ses promenades sur le rivage. C’est pourquoi les contrats de concession font mention du rechargement en sable des plages, qui est à la charge du délégataire. Malgré la nécessité d’obtenir une autorisation et des règles quant à la qualité du sable, ces rechargements posent un problème écologique important.

En effet, après l’eau, le sable est la ressource la plus utilisée sur la planète. Or, comme le pétrole, il n’est pas renouvelable à l’échelle humaine. Il faut des centaines de milliers d’années pour le générer. Le sable est donc rare et cher. Mettre en place des activités économiques qui vont rendre sa consommation obligatoire, fait de celles-ci des activités ne participant pas au développement durable.

De plus, si toutes les règles n’étaient pas respectées (parce la sable ad-hoc serait trop cher, ou introuvable à proximité), le sable ajouté repartirait rapidement à la mer, avec un risque d’étouffement pour les précieuses posidonies.

Et nous arrivons là au deuxième problème environnemental d’importance : les banquettes de posidonie, que le délégataire va s’empresser d’enlever pour faire sa saison, alors qu’elles sont justement un rempart contre l’érosion. La boucle est bouclée, un cycle de dégradation durable s’installe, accentué par l’élévation du niveau de la mer dû au changement climatique. A terme nos plages risquent fort disparaitre.

Quand on fait partie de l’espace d’adhésion à la Charte du Parc National de Port Cros, quand on met en place une OGS, on doit être exemplaire et aller dans le sens du développement durable. C’est ce qui fera la force et l’originalité de notre commune qui ne peut ni ne doit ressembler à ses voisines qui n’ont hélas pas la même ambition.

C’est pourquoi il nous faut gérer notre espace littoral avec toute la prudence exigée par un contexte difficile, car il est celui du changement climatique, et envisager autrement les activités économiques et touristiques.
Cela s’appelle le « tourisme durable » qui repose sur des critères de durabilité : il doit être supportable à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan économique et équitable sur le plan éthique et social pour les populations locales.

De façon concrète, certaines concessions ne nous semblent pas donner des garanties suffisantes en regard des critères énoncés ci-dessus :

1°) La concession Bona/Pesquiers

Au droit du hameau des Pesquiers, elle se situe dans un environnement naturel et patrimonial remarquable qu’il convient de préserver. La plage doit rester naturelle, dans l’esprit de l’OGS et en accord avec le futur PLU qui classe en espace naturel remarquable la pinède des Pesquiers (NL). Aussi le lot 1 de matelas/parasols avec comptoir buvette pour une surface de 560m2 est-il particulièrement incongru. D’autant plus qu’il est incompréhensible que sur cette plage profonde il ne soit exigé sur les 40m de linéaire de la concession qu’une bande de 3m entre celle-ci et la mer, pour l’usage libre de la plage. La loi en exige 5, sauf plage étroite, ce qui n’est pas le cas ici. On peut aussi se demander la pertinence de la zone 1 pour un accès au mouillage pour les engins non motorisés. Il ne devrait pas y avoir de mouillages autorisés sur cette zone, pour les mêmes raisons que précédemment, car cela dénature le caractère naturel du site. On peut subodorer que ce lot 1 et cette zone 1 veulent compléter le projet de résidence hôtelière patrimoniale prévu sur le site du hameau des Pesquiers, et offrir ainsi à l’aménageur privé de l’opération une ouverture sur la mer. Mais ces activités de plage sont complètement contradictoires avec l’esprit des lieux.

Aussi pour répondre à une potentielle demande du public quant au service matelas/parasols, la concession de la Badine / la Capte, nous parait être un compromis suffisant aux intérêts économiques versus intérêts environnementaux. Cependant, cette plage étant étroite et l’obligation de passage seulement de 3m, un linéaire de 40m nous parait trop important. Nous proposons une surface de 240m2 seulement, soit 30m de long et 8m de large afin de laisser une bande d’utilisation libre plus confortable sur un linéaire plus court.

2°) Les concessions de l’Ayguade

Avec les lots 2, 3 et 4, ce sont 3 installations de restauration/matelas /parasols + zones de stockage pour engins non motorisés et accès à la mer qui sont prévues sur la plage du village soit 2385m2. Autant dire que cela nous parait excessif. Avec les autres lots prévus sur ce secteur on atteint les 20% d’occupation maximum prévus par la loi. On est là dans un cas de marchandisation de l’espace public que nous dénonçons, avec les dommages environnementaux évoqués ci-dessus.

Nous demandons à ce qu’un seul lot soit dédié à la restauration/matelas /parasols, les 2 autres prévus pouvant concerner uniquement le stockage pour engins non motorisés avec accès à la mer.
Quant au lot n°5, avec chalet d’accueil, buvette, sports de plage et jeux pour une surface totale de 1925m2, et annoncé par le Maire lui-même sur son blog comme une « plage Mickey », nous sommes très dubitatifs quant à la qualité potentielle du lieu. S’il est intéressant de proposer un service d’animations de plage pour les enfants, il est aussi primordial de veiller à la qualité esthétique des installations, afin de coller au mieux à notre adhésion à la Charte du PNPC.

Vous remerciant pour votre écoute, veuillez agréer, Monsieur le Commissaire Enquêteur, nos sincères salutations.