Il y a 50 ans Madame Marceline Henry disparaissait. Elle avait, trois ans auparavant, confié à l’Etat avec le soutien d’André Malraux le soin de prolonger son œuvre, l’objet de toute sa vie, la protection de Port Cros. Aujourd’hui nous tenons un premier conseil d’administration du Parc National dans une configuration nouvelle voulue par le législateur et 5 communes ont donné leur accord pour co-construire avec le Parc, un avenir respectueux de la nature.

Je vous ferai un seul vœu. Ce serait ensemble de se fixer pour objectif de réouvrir au plus tard dans 10 ans l’école de Port Cros. Idée surprenante, mais sans école, il n’y a pas de vie. Malraux disait : « l’espoir des hommes, c’est leur raison de vivre et de mourir ». Or Port Cros a besoin d’espoir.

Cet hiver, dans l’île il y avait plus de sangliers (30) que de Port Crosiens (10). Nous avons procédé depuis le début de l’année à 3 enterrements. L’île perd sa population et meurt lentement. Les responsables du parc n’habitent plus dans l’île et les commerces ferment d’octobre à avril.

Le moment n’est-il pas venu avec la signature de la charte de modifier ce paradigme. Nous devons poursuivre la protection de ce patrimoine naturel mais nous devons aussi être conscients que sans présence humaine permanente dans l’île, l’esprit du Parc est en danger.

Nous voudrions vous proposer des idées simples pour relancer la vie à Port Cros et dans le cadre de la charte réfléchir à de nouveaux métiers qui stabiliseraient la population. Par exemple

La forêt : aujourd’hui une forestière pour 35 km de chemin et 700 hectares, c’est trop peu. Pourquoi faire intervenir des sociétés de débroussaillage et ne pas créer un nouveau poste de forestier, guide et formateur qui vivrait à Port Cros?

La mer, le dernier pêcheur est âgé. Pourquoi ne pas ouvrir à terme la possibilité de créer deux emplois « d’agriculteur de la mer », pour une pêche exemplaire, la surveillance de nos rivages et des ballades en mer à vocation pédagogique?

La terre et la possibilité de réfléchir à une autonomie alimentaire de l’île par la création de jardins et de gîtes ruraux avec l’aide du conservatoire. Ces fermes permettraient d’accueillir dans l’île en dehors de la saison un tourisme durable et de produire des fruits et des légumes pour les habitants. L’exemple de Porquerolles nous a séduit.

Enfin, pourquoi ne pas imposer aux gardes responsables du Parc de vivre dans l’île avec leur famille?

Rien n’est facile et je mesure les obstacles, les difficultés budgétaires, administratives voire politiques. Mais si je ne le dis pas, qui le dira. L’avenir de Port Cros dépend de vous. Les idées ne manquent pas. Alors travaillons ensemble à cette belle ambition, réouvrir au plus tard dans 10 ans l’école de Port Cros.