Intervention de Mr William Seemuller au conseil municipal du 2/10/2015Le débat qui s’ouvre aujourd’hui nous impose de confronter notre vision de la ville pour les 20 prochaines années. Débat voulu par le législateur, débat nécessaire après l’annulation du PLU, débat utile pour donner de la cohérence dans les choix politiques qui orienteront le développement de la ville jusqu’en 2035.

Vous nous avez présenté votre projet sous le titre du « rêve contenu ». Dans votre exposé, j’ai relevé les phrases suivantes : « Hyères dispose de tous les talents et de tous les atouts spaciaux, naturels, culturels, patrimoniaux ». La contrainte foncière est forte, seuls 50 hectares seront « librement constructible ». Vous prévoyez en 20 ans une augmentation de 5 000 habitants, nous sommes réservés. Vous projetez les constructions de quelques hôtels de « prestige »encore et toujours, d’un centre d’affaires ouvert aux services et à la haute technologie dans la zone du Roubaud et vous allez construire des logements sociaux pour rattraper le retard, aux Rougieres, à la Crestade, à Costebelle. Vous évoquez l’objectif de mixité et du « vivre ensemble » mais vous densifier « les bosquets ». Enfin vous ne prenez qu’un engagement quantitatif : « le projet de PLU vise donc à réduire d’environ de 10% les superficies totales affectées aux zones urbaines et à urbaniser« , j’y reviendrai.

Les formes de l’exercice sont tels que nous pouvons trouver dans votre document tout et son contraire, de fortes et belles déclarations de principes mais aussi une réalité fort différente.

Il est donc important de sortir de « cet état de satisfaction » et d’essayer de regarder la ville telle qu’elle est aujourd’hui avec ses atouts et ses faiblesses, de fixer les défis que nous aurons à relever et de se donner des priorités pour préserver ce patrimoine naturel et culturel exceptionnel, pour créer des emplois durables, pour protéger les plus exposés et leur redonner de la dignité et enfin pour favoriser un développement harmonieux qui à la fois respecte notre caractère mais nous ouvre au changement du monde.

Analyse de la situation, regarder la ville telle qu’elle est:

Je vous renvoie aux travaux de trois chercheurs, Odile Jacquemin, Jean Louis Pacitto pour leur ouvrage « Deux siècle d’histoire d’un paysage, entre terre et mer » et le géographe Étienne Julliard qui a écrit sur la ville de Hyeres, un article intitulé « climatisme et accessibilité : les deux époques de la croissance D’Hyeres aux XIXe et XXe. »

A la lecture de ces documents et d’autres articles, nous ne pouvons qu’être frappés par les qualités exceptionnelles de notre ville, son climat, sa terre, les talents de sa population et en même temps cette forte capacité à se replier sur soi.

La ville subit des décisions prises par d’autres, parce que nos élus n’ont pas su construire une vision partagée de l’avenir et cela se traduit par un taux de chômage au dessus de la moyenne, par le départ de la jeunesse vers Nice ou Aix/Marseille pour poursuivre leur cursus ou trouver un emploi, par la difficulté à trouver un logement, ce qui conduit entre autre un fonctionnaire sur deux de la Mairie à habiter en dehors de la ville et par des artisans, des commerçants, des PME qui fuient la ville du fait d’une fiscalité insupportable et d’infrastructures défaillantes.

Penser l’avenir de la ville impose d’anticiper deux grands défis.

Premier défi, le réchauffement du Climat annoncé par l’ensemble du monde scientifique. Il se traduira par:

  1. une montée prévisible des eaux de 50cm d’ici 2050 avec des menaces sur nos cotes, noshabitations, nos nappes phréatiques,
  2. par des précipitations diluviennes qui produiront inondations et drames.
  3. Un réchauffement croissant de l’atmosphère apportera la sécheresse et augmentera le risqued’incendie de forêt.

Deuxième défi, la révolution Numérique. Elle peut être comparée à l’arrivée du chemin de fer dans les villes au XIXe siècle. Cette révolution industrielle et culturelle transforme notre quotidien, la santé, l’éducation, les loisirs, les modes de déplacement, le travail. Elle est une source de création d’emplois de demain et génère innovation et créativité. Mais c’est aussi une menace de fracture sociale, d’angoisse, si elle n’est pas accompagnée.

Fort de notre passé, lucide sur nos forces et faiblesses et les défis qui s’annoncent, nous avons à fixer nos 5 priorités dans la construction du PLU.

Priorité 1 : Notre atout majeur, c’est l’ensoleillement et la qualité de la terre, nous proposons donc une augmentation de la surface des terres agricoles dans le PLU de 10% pour renforcer l’ancrage de la ville comme une ville jardin, le poumon vert de l’agglomération et une ville d’excellence en matière de production de fleurs, de maraîchage et de vignoble.

Nous ne souhaitons pas devenir une des banlieues de Toulon, une ville de 100 000 habitants, réceptacle d’hypermarchés et d’autoroutes qui défigurent le paysage urbain.

Nous souhaitons mettre en valeur nos principaux atouts. La viticulture nous a montré la voie. Demain le maraîchage et l’horticulture prendront le relais. Il nous faudra créer une agence foncière pour libérer les jeunes exploitants de la contrainte du prix du foncier. Nous devrons investir dans les énergies renouvelables, attirer les laboratoires de recherche (INRA) et travailler sur la qualité et les normes. Nous devons assurer la modernisation du bâti et des équipements collectifs dans toutes les zones agricoles

D’un point de vue touristique, produire des fleurs, des fruits et des légumes de saison, les vendre sur nos marchés paysans, les transformer, les exporter, c’est conserver à nos territoires authenticité et tradition.

Nous y associons bien entendu une exploitation nouvelle de la forêt aujourd’hui trop négligée, les métiers de la mer, et une meilleure valorisation des salins.

Priorité 2 : Restaurer la ville. Nous pensons qu’il est temps de cesser de miter le territoire. Nous devons avec ambition, détermination, rénover les quartiers, libérer les logements vacants(10%), réhabiliter les logements insalubres, créer des parkings, des places et en conservant précieusement les espaces verts. Nous devons, dans une politique volontariste, rebâtir « la ville dans la ville » avec une harmonie architecturale.

Dans le même temps, nous sommes favorables à la création d’eco quartiers aux Rougieres et à la Crestate, à un désenclavement du Val des Rougieres et une vraie mixité aux « bosquets »

Nous sommes plus réservés pour le plateau de Costebelle compte tenu de sa mauvaise desserte.

Pour la Presqu’île, vous vous êtes déjà engagé à construire un hôtel de luxe au salin des Pesquiers, une résidence hôtelière à la Bergerie, 95 appartements dans l’ex CFA, 50 appartements dits sociaux chemin Plaine de Bouisson, 12 appartements de vacances au chemin Plaine de Bouisson. Tous ces projets se réalisent hors OGS alors que les infrastructures publiques font largement défaut à commencer par les transports en commun.

Priorité 3 : Nous devons investir dans les infrastructures et en premier lieu le haut débit et les infrastructures de transport. Le haut débit, c’est le chemin de fer du XIXe siècle, la condition de développement de nouvelles entreprises, de nouveaux services, des emplois et le maintien des commerces et des artisans existants.

Les infrastructures c’est aussi un aéroport aux normes européennes avec l’ouverture de lignes avec l’aéroport Charles de Gaulle. C’est rendre possible dans le PLU, la construction d’une gare multimodale accessible, de logements et d’un quartier d’affaires en prolongement de Saint Martin.

C’est investir dans un « tramway des plages » entre la Gare, le Port Saint Pierre, l’Aéroport, l’Ayguade, les Salins et une liaison nouvelle avec la Tour Fondue.

C’est élargir les routes départementales donnant accès aux ZAC et étudier le contournement de Hyeres par le Nord pour délester la voie Olbia. C’est construire rapidement le Port du Levant et réanimer celui des Salins.

C’est enfin mettre en œuvre un PDU favorisant les transports doux et l’accès à la Presqu’ile par vélo et transports collectifs. C’est enfin disposer de parkings de dissuasion et des navettes ou vélos qui permettent de se déplacer sans production carbone et sans retard.

Priorité 4 : Créer les emplois de demain autour des activités où la ville dispose d’atouts importants : Tourisme, Agriculture, Santé, Environnement, Bâtiment et Défense sont les piliers de notre économie. Nous souhaitons également investir dans la création de pépinières dans les filières d’avenir en centre ville et dans les quartiers périphériques. Nous sommes favorables à la création d’une nouvelle ZAC, à l’entrée de ville à l’Ouest,

Priorité 5 : Repenser notre relation avec l’agglomération et préparer l’arrivée de la métropole. Ne sous estimons pas l’attraction qu’exerce Marseille et Nice et la nécessité de construire avec Toulon des liens privilégiés, si nous voulons créer des emplois, renforcer les services publics et maîtriser notre destin. Nous avons adhéré de manière forcée à l’agglomération, sans définir notre place. Notre histoire et nos centres d’intérêt nous poussent vers les communes de la Porte des Maures. La Charte du Parc a d’ailleurs identifiée 11 communes de Carquieranne au Rayol pour porter un projet de développement durable crédible avec le soutien de l’Etat. Cette décision de l’Etat, nous conforte dans la nécessité d’être reconnu comme une ville durable par nos partenaires institutionnels TPM, département, Région. Nous avons besoin de voir converger les investissements « verts », les centres de recherche et les antennes universitaires pour gagner de la crédibilité. Cet élargissement permettra face à la réforme de l’Etat, de maintenir un service public fort, éducation, santé, prévention, sécurité par une planification des moyens publics sur un territoire pertinent.

Conclusion : ce débat d’orientation nous permet de confronter nos points de vue, d’échanger et de nous projeter. Nous sommes au cœur de la responsabilité politique, celle qui vise à « gérer les affaires de la cité ». Cette responsabilité nous la revendiquons mais pas seul, pas pour nous. Nous pensons que l’élaboration de ce PLU doit être plus ouvert, plus accessible, plus enrichi par les avis et les conseils des hyérois. Nous y voyons trois vertus : limiter le contentieux d’urbanisme, donner à ceux qui vivent dans le quartier la possibilité de participer à la construction de leur futur, démontrer par la même que la politique n’est pas une affaire de spécialistes mais qu’elle impose à chacun de s’impliquer pour prendre en main son destin sans perdre de vue l’intérêt général.