Monsieur le député maire,

Vous nous invitez à voter la délibération N°1 relative à la création de la Métropole Toulonnaise.

Ce débat nous l’avons ouvert en novembre 2016 et nous avons bien fait. C’est un changement profond de l’organisation administrative de l’agglomération et de la ville, que l’Etat nous propose.

Cela méritait d’être étudié et d’y associer l’ensemble des Hyérois. Cependant notre commission n’a pas fini ses travaux que déjà nous avons besoin de connaître ses conclusions. Hubert Falco et sa majorité, dont vous faites partie, ont décidé que la Métropole devait être mise en œuvre pour le 1er janvier 2018, c’est à dire dans 8 mois. C’est demain. Nous allons donc nous en tenir à l’essentiel, mais nous vous demanderons de bien vouloir organiser un débat public avec l’ensemble des Hyérois.

Le Groupe Agir pour Hyeres est favorable à la création de la Métropole Varoise.

Nous mesurons tous les jours, l’attractivité économique, culturelle, politique de la Métropole Aix Marseille et de la Métropole du Grand Nice. La Métropole est un outil administratif qui permet de redéfinir toutes les compétences et les moyens. C’est incontestablement une simplification du « mille feuilles administratif » qui peut éviter les pertes de temps pour savoir, par exemple si la route est communale ou départementale, avant d’intervenir.

Nous gagnerons aussi en visibilité dans une géographie mondiale qui privilégie les grands ensembles urbains pour porter des projets d’avenir comme le développement du Pôle Mer. La Métropole permet également une augmentation des dotations de l’Etat et des fonds européens. Cependant notre OUI porte plusieurs conditions qui méritent d’être examinées ensemble, dans un esprit constructif.

La première condition, c’est de converger vers une vision à long terme de la Métropole. Une vision qui nous fédère et permette à chacun de savoir où nous allons. Nous, hyerois, nous souhaitons une Métropole qui nous protège, qui préserve nos terres, nos paysages, nos rivages, notre qualité de vie. Nous voulons une Métropole d’excellence environnementale.

Nous demandons à ce que l’urbanisation des terres par la Métropole Toulonnaise s’arrête, que le mitage des terres agricoles et la spéculation foncière soient combattus fermement. L’urbanisation de la Métropole devra se déployer au centre par densification des « dents creuses » et par la construction de logements accessibles dans les zones commerciales réaménagées. Nous devons absolument penser une Métropole plus verte, plus respectueuse de son environnement et qui anticipe les conséquences des changements climatiques. Nos concitoyens comme les touristes veulent vivre ou séjourner dans un territoire authentique avec des productions locales de qualité, des circuits courts, des modes de transport doux et une vraie politique de transition énergétique.

La deuxième condition, c’est de conforter la responsabilité de chaque Maire dans ce projet. La Métropole ne doit pas être une super commune dirigée par un super Maire et un monstre administratif. Nous devons garder le lien démocratique très fort entre le citoyen et son Maire dans l’écoute, la capacité d’intervention, la mise en œuvre des services publics de proximité, comme nous devons garder l’autorité du Maire sur le personnel qui lui est dédié. Au pouvoir des Maires, nous souhaitons associés les conseils d’une assemblée de représentants des forces vives du territoire, une forme de conseil économique, social et culturel en charge de faire des propositions dans les domaines de compétence de la Métropole ainsi qu’une activation des comités de quartier comme le prévoit la loi.

La Troisième condition c’est de maintenir des services publics de qualité. Nous aurons à distinguer entre les compétences stratégiques comme l’économie, le transport, la recherche, le tourisme, les partenariats nationaux et internationaux qui devront être centralisés et les compétences de proximité comme la sécurité, la propreté, l’éducation, le social, les espaces verts etc, qui restent au niveau des communes. Pour la réussite du projet, vous aurez besoin de l’adhésion des fonctionnaires territoriaux et de leurs instances représentatives. Nous sommes inquiets de voir le faible niveau d’information dont ils bénéficient. Par ailleurs, la Métropole aura à fixer à terme des taux uniques d’imposition et de taxes. Tout le monde comprend qu’il faudra trouver un équilibre pour éviter un ajustement par le haut.

Quatrième condition : la commande publique de la Métropole doit être l’outil privilégié du développement économique du territoire. Elle représente, sur la durée d’un mandat, plusieurs milliards d’€. Nous demandons donc à ce que le prix ne soit plus le critère dominant du choix d’attribution des marchés, car il entraîne la destruction du tissu économique local. Il est toujours possible de trouver moins cher. Nous devons arrêter la fuite en avant de prestataires toujours plus gros, toujours plus éloignés, et de moins en moins contrôlables. Dans l’appel d’offre, le prix du service ou des biens doit être au même niveau que la qualité du produit ou du service, la création ou le maintien d’emplois locaux et la protection de l’environnement. Nous devons imposer dans la commande publique un retour en priorité vers la qualité, la santé de nos concitoyens et le long terme. Dans un territoire frappé par le chômage, c’est une réponse concrète et pratique pour nos artisans, nos commerçants, nos agriculteurs, nos entrepreneurs.

Cinquième et dernière condition : nous aurons besoin d’une Métropole ouverte qui entraîne le département et les autres collectivités territoriales. Premier port militaire de Méditerranée, première destination touristique après Paris, premier parc national marin, organisateur de compétitions sportives nautiques de niveau mondial, de festivals culturels incontournables, deuxième marché de fleurs coupées d’Europe, il manque encore quelques étapes à franchir pour que la Métropole gagne en notoriété et en efficacité, comme des infrastructures de transport efficace, par exemple une liaison directe avec l’aéroport, comme le développement des réseaux haut débit essentiels à la nouvelle économie. Il manque également de logements pour les jeunes et les nouveaux arrivants, mais aussi des centres de recherche et une université plus ouverte à l’international portant des incubateurs ou un CHU qui fédère l’offre santé du territoire. Le développement de ces infrastructures et de ces centres permettront de nouer avec les autres collectivités varoises des partenariats gagnant gagnant.

Entre le repli qui entraîne le déclin et le monstre administratif incontrôlable, il y a un chemin que nous devons tracer. Celui d’une Métropole d’excellence environnementale, décentralisée, confortant les services publics, acteur économique majeur, et locomotive du département. Nous avons devant nous beaucoup de travail. Nous avons le devoir d’impliquer nos concitoyens. C’est un beau projet qui prépare l’avenir à condition de le porter ensemble.

William Seemuller
Conseiller municipal
Adjoint spécial à Port-Cros